ACTES DE CONGRES PSYCHOPATHOLOGIE DE L’EXPRESSION ET L’ART THERAPIE 2015 .

ACTES DE CONGRES PSYCHOPATHOLOGIE DE L’EXPRESSION ET L’ART THERAPIE 2015 .

2018.

Sous l’autorisation de la S .I.P.E.

Professeur Dr MILA ALECKOVIC (BATAILLE)

prof.dr Mila Aleckovic – Intervju, Vladari iz senke. Pokret Otadzbina

 

Psychose, identité et  différence entre une bonne sublimation et une mauvaise compensation

Psychose et Identité: l’Eros qui gagne sur le Thanatos

Les troubles mentaux ne sont  certainement pas, par eux-mêmes, la cause des œuvres scientifiques et artistiques, mais la lutte  pour les vaincre mène vers la plus haute sublimation qui donne naissance à une œuvre artistique (ou scientifique).

Ce mécanisme de défense dans le fantasme et le retour à la réalité, ainsi que la régression au service du Moi, bien décrite par la psychanalyse,sont très forts chez les créateurs. D’autre part, tоuт créateur sait presque toujours, ou sent la structure de sa personnalité pré-morbide.

Consciemment ou inconsciemment, le créateur retourne vers son archétype psychologique profond et vers l’ensemble, ce qui l’aide à  établi rson identité d’origine.

Chaque homme, en particulier l’artiste, porte en soi une mémoire biologique de la totalité primordiale de sa fusion avec la mère et une sorte de culpabilité inconsciente (Otto Rank) à cause de cette séparation.

Interruption avec cet ensemble (en termes psychanalytiques – la peur anaclitique) et la séparation d’avec la mère, porte le traumatisme de la naissance, ce qui génère toute future peur existentielle, mais cette mémoire de l’intégrité d’origine reste également la force motricede toute notre vie. Elle est une ” vérité sans anti-thèse ” pour le créateur.

Il n’ y a que deux façons pour réinventer ce continent perdu, c’est la poursuite de la fusion avec les autres ou avec Dieu, et/ou la création. ”Dieu voit la suite, mais attend”,  aurait dit l’écrivain russe  Lav Tolstoi. C’est que le travail de sublimation qui est vital pour  l’artiste doit être fait.

On sait également que le contact du créateur avec les rêves est toujours bon et que le passage de l’inconscient vers le conscient est flexible. Karl Gustav Jung avait considéré comme pathologique non pas tant la puissance de l’inconscient, que le schisme radical, la scission entre les actes conscients et inconscients de la personnalité, le manque de contact avec soi-même. Ce que Jung décrit comme le chemin de l’individuation, était déjà décrit par Saint Maxime le Confesseur au 7ème siècle, tel le présumé chemin psychologique de la sagesse vers une vraie identité personnelle et collective (cette dernière étant mentionnée par Nikolaï Danilevsky, biologiste et théologien russe bien avant sa naissance dans la théorie de C.G.Yung).

Voyons maintenant des exemples.

Tout créateur sait presque toujours, ou sent la structure de sa personnalité pré-morbide . Les troubles mentaux ne sont certainement pas, par eux-mêmes, la cause des œuvres scientifiques et artistiques, mais la lutte  pour les vaincre mène vers la plus haute sublimation qui donne naissance à une œuvre artistique (ou scientifique).

Ce mécanisme de défense dans le fantasme et le retour à la réalité, ainsi que la régression au service du Moi, bien décrite par la psychanalyse, sont très forts chez les créateurs. Consciemment ou inconsciemment, le créateur retourne vers son archétype psychologique profond et vers l’ensemble, ce qui l’aide à  établir son identité d’origine. Chaque homme, en particulier l’artiste, porte en soi une mémoire biologique de la totalité primordiale de sa fusion avec la mère et une sorte de culpabilité inconsciente (Otto Rank) à cause de cette séparation. Interruption avec cet ensemble (en termes psychanalytiques – la peur anaclitique et la séparation d’avec la mère, porte le traumatisme de la naissance, ce qui génère toute future peur existentielle, mais cette mémoire de l’intégrité d’origine reste également la force motrice de toute notre vie.

 

La perte invite à la créativité

 

Il n’ y a que deux façons pour réinventer ce continent perdu, c’est la poursuite de la fusion avec les autres ou avec Dieu, et la création. On sait également que le contact du créateur avec les rêves est bon et que le passage de l’inconscient vers le conscient est flexible.

Nous savons que Karl Gustav Jung avait considéré comme pathologique non pas tant la puissance de l’inconscient, que le schisme radical, la scission entre les actes conscients et inconscients de la personnalité, le manque de contact avec soi-même. Ce que Jung décrit comme le chemin de l’individuation, était déjà décrit par Saint Maxime le Confesseur au 7ème siècle, tel le présumé chemin psychologique de la sagesse vers une vraie identité personnelle et collective. Voyons maintenant des exemples.

La structure de la personnalité mélancolique d’un Marcel Proust, qui pouvait déboucher sur une dépression grave, a donné dans sa sublimation les plus belles œuvres de la littérature… «À l’ombre des jeunes filles en fleur», «À la recherche du temps perdu», «Un amour de Swann »…. De la même façon l’écriture est un besoin organique pour le mélancolique Gérard de Nerval.

Jean-Paul Sartre donne l’une des meilleurs et des plus détaillées descriptions phénoménologiques de l’expérience de la mélancolie qui se transforme parfois en une grave dépression, dans le roman «La Nausée». La mélancolie accompagnait aussi Michel de Montaigne, qui, dans son travail philosophique, entre autres , traite le thème de la mort, de la naissance, et du double. Arthur Schopenhauer nous a laissé «La Vallée de larmes», «Le Monde comme Volonté et comme Représentation», «Métaphysique de l’Amour Sexuel », et «Du Génie».

Le thème de l’angoisse devant la mort est aussi traité par Sören Kierkegaard,  fondamentalement  mélancolique. Il nous a laissé «Crainte et tremblement» et «Le concept de l’angoisse».

Dans ses mélancoliques «Pensées», Blaise Pascal condamne le refoulement de la pensée sur la mort; Ludwig Wittgenstein écrit les essais sur le suicide, Martin Heidegger dit que «L’homme est l’être orienté vers la mort». Le poète Stéphane  Mallarmé, profondément mélancolique, hanté par le phénomène de la mort parvient à le surmonter à travers la sublimation poétique. Rainer Maria Rilke écrivait que «vivre signifie toujours vivre sa propre mort». Le poète Heinrich Heine  apparait  aussi comme un mélancolique sublimé dans son œuvre  Le voyage sur le HARC.

Volfgang Goethe a écrit: «La mort d’un être proche pour nous est toujours paradoxale». Mais son héros Werther (c’est-à-dire lui-même Goethe) meurt à travers la souffrance mentale, après quoi suit la catharsis et une victoire sur la mort, sur la tension psychologique interne. La mélancolie forte conduit Richard Wagner  vers la compréhension du mariage profond de la mort et de l’amour, d’Eros et de Thanatos, donnant naissance à cette musique puissante qu’est «Tristan et Iseult» Rembrandt dans «Le Docteur Faustus» sublime toute sa mélancolie et sa dépression. Ludwig Van Beethoven grandement triste sublime dans la magnifique musique d’ «Eroïca» ce qui lui permet de vaincre  la dépression. Schumann et Tchaïkovski aux mêmes tendances à la dépression la noient dans la musique tandis que le génie de Sergei Rachmaninov culmine dans la mélancolie  de «L’ Île des morts».

Edgar Allan Poe dans la nouvelle «William Wilson» lutte contre  ses pensées dépressives, tandis que Léon Tolstoï retrouve son calme et sort de la dépression  seulement après le roman « Ivan Illich».

Dans l’idéalisation, mais aussi dans la phase dépressive de la psychose bipolaire Vladimir Maïakovski prie  le «futur chimiste» en s’écriant: « Ressuscite-moi d’abord, parce que j’ai tant aimé la vie ! ».

Le philosophe Vladimir Jankélévich  dans la mélancolie écrit de la musique et dit: « L’homme est  un mortel éternel».  En pensant à Thanatos Sigmund Freud conclut qu’il existe une relation entre la mort et de la sexualité, ainsi qu’entre la mort et le complexe d’Œdipe. Le chercheur en anthropologie, Edgar Morin («l’Homme et la mort») était également un mélancolique.

Enfin, si il n’y a pas de sublimation créative, la structure mélancolique fini par se suicider comme le montre le cas tragique des deux grands poètes et écrivains serbes , Branko Miljkovic et Branko Copic.

”La mort n’existe pas, il n y a que des migra¬tions”, disait un autre écrivain serbe Milosh Tcherniansky.

En plus de la sublimation les créateurs utilisent souvent un mécanisme similaire («régression en fonction du Moi»). Par exemple Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski à travers son protagoniste Raskolnikov et son acte d’assassinat dans le roman libère une grande tension agressive en lui-même.

Tout cela ne signifie pas que les autres mauvais mécanismes  de défense psychologique ne sont pas présents. Mais il est certain que ni la régression ni la formation réactionnelle ni la rationalisation ni  le déplacement ni les projections ni l’inhibition ni la dénégation, ni enfin l’autopunition (comme dans le cas de Van Gogh porteur d’une grande auto-agréssion) ne peuvent  perturber fondamentalement l’acte même de la création si création il y a.

Albrecht Dürer le Jeune, profondément religieux , avec son sens artistique capable de saisir les nuances expressives des êtres humains et de la nature, dans ses notes intimes, ses livres, ses comptes, et de nombreux dessins et surtout dans les autoportraits, en présence de la Mort et du Diable, témoigne d’une forte mélancolie, malgré sa liberté spirituelle.

La psychose paranoïde et la structure projective de Franz Kafka ont donné naissance à l’ouvrage «Le procès». La structure maniaco-dépressive de Nikolaï Vasilievich Gogol a donné naissance aux romans «Les âmes mortes et «Auditeur» (revizor). Gogol passait des mois dans des monastères russes où il se soignait selon l’ancienne tradition orthodoxe. La structure schizoïde, mais aussi épileptique de Dostoïevski  apparaît clairement dans le roman «L’Idiot», «Le Double», «Le Joueur,» «Les Frères Karamazov», «L’adolescent »…

La structure de la personnalité ‘borderline’ d’Albert Camus, mélangé avec de la mélancolie a donné naissance au roman «L’étranger». Le complexe d’infériorité de type névrotique adlérien de Friedrich Nietzsche a donné  à l’humanité la philosophie compensatoire du «Surhomme» ainsi que la théorie vitaliste contre les prédicateurs de la mort :  «Par-delà le Bien et le Mal», «Ainsi parlait Zarathoustra» et autres. L’exaltation créatrice nietzschéenne combat l’homme du troc, du négoce et de l’échange, de l’atelier et du produit… médiateur, interprète de l’horizontalité matérielle” (Philippe Forget, Gilles Polycarpe*(* „Le réseau et l’infini”, Ed. Economica, Paris 1998) décrit déjà par le philosophe russe Constantin Léontiev,  le banquier ou le bourgeois au mieux, contre lequel part en guerre le philosphe au nom du Sur-homme idéalisé. Contre ce monde sans création, ce monde ni visité, ni inspiré, au caractère superficiel  dénoncé d’instinct par l’artiste, celui que l’on ne pourrait créditer d’une grande profondeur morale ou autre, car il est douteux que le Salut vienne de lui. Contre la mégalomanie dans le vide et le „Moi-je” comme la Règle du Jeu, le règne de Narcisse et d’Onan, la solitude de „chaque homme dans sa nuit” (Julien Green), la rapacité, les objets d’achat, les caresses que l’on s’offre à soi meme, la solitude au début et à la fin, et Eros nulle part… Une intuition divine nous averti des le départ: le non-sens, la déprime et le chagrin suivront. A part l’oeuvre de Nietzsche toute la littérature slave en a été immunisée dans la perle littéraire d’Illif et Pe¬troff.

La révolte du créateur au quatre coins du monde reste  toujours exigeante dans son idéalisme et sa transcendance où le sacré conserve sa place.

La névrose obsessionnelle-compulsive du génie serbe Nikola Tesla (inventeur de l’électricité) a été sublimée dans sa rigueur scientifique et les vérifications empiriques de ses découvertes. Antonin Dvorak avait noyé dans sa musique les mêmes compulsions. Salvador Dali a souffert d’un trouble de la personnalité narcissique et mégalomaniaque qui nous a donné ses toiles et le livret de l’opéra «Etre Dieu ».

Enfin, la structure sur les bords paranoïaque du psychanalyste français Jacques Lacan  était une incitation à démarrer une théorie très intéressante.

Enfin, nous constatons, non sans joie, bien sûr, que parmi ces structures psychologiques «pré-morbides» de grands créateurs, en règle générale, nous trouvons relativement peu la structure psychopathique mais plutôt une disposition du groupe des psychoses affectives.

Donc, la petite taille de Napoléon associée à son génie de stratège donnera une surcompensation par laquelle il partira à la conquête du monde entier et deviendra ce grand Empereur. La voix endommagée de Charles Aznavour donnera, par le désir de compensation psychologique, une musicalité douée au timbre caractéristique. Enfin, la surdité et la dépression de Ludwig Van Beethoven associées à un énorme talent musical donnera une magnifique sublimation musicale. En revanche, la compensation psychologique d’ Adolf Hitler n’a pas réussi. Si dans le «travail» compensatoire on voit encore le symptôme initial, dans la plus  haute sublimation le symptôme disparaît à jamais.

Sur la musicothérapie instaurée en France par la professeure Edith Lecourt notons au passage qu’écouter la sonate Waldstein de Beethoven a pour effet d’augmenter l’afflux sanguin au cerveau d’environ trente pour cent et les les «Préludes» de Rachmaninov ont un effet similaire. «Dieu a donné la musique pour faciliter le chemin de la vertu», a dit Saint Basile le Grand, et les pythagoriciens savaient déjà que la musique établit un état d’harmonie absolue dans l’âme.

Or, la littérature également , plus précisément, tout art établit une harmonie dans l’âme ou bien fait le travail de la résilience , selon le concept préféré de Boris Cyrulnik. C’est également vrai chez les enfants orphelins , les enfants qui ont subi la perte (qui peut être un jour deviendront les écrivains ayant subi la perte ) et chez lesquels l’identité n’est plus contrainte. Les dessins des enfants montrent que le manque (le départ de la mère , du père ou des deux) incite à la créativité, car dans la souffrance on est contraint à la création , alors que l’inverse n’est pas vrai. Après un trauma , soit on reste mort, soit on se remet à vivre, soit on reste dans le manque, soit on se remet à la création .

Pour conclure la discussion sur ces exemples donnés : le travail d’une bonne sublimation psychologique est le seul qui restaure l’identité humaine, à la fois individuelle et collective. Enfin, quel que soit la psychothérapie à mettre en œuvre, notre pratique thérapeutique conduit nécessairement à l’art-thérapie comme la forme la plus complète du tout traitement de l’âme humaine.

 

Résumé

L’étude examine les relations entre les bons et les mauvais mécanismes de défense psychologique d’un côté et la création artistique de l’autre.

Tout créateur (artiste ou scientifique) a recours avant tout aux bon mécanismes de défense de personnalité, tels que compensation, régression en fonction de Soi ou  sublimation. Même lorsqu’il régresse vers de mauvais mécanismes de défense, ces  derniers n’arrivent point à empêcher le processus de la création en tant que tel.

La sublimation de la structure pré-morbide de la personnalité demeure pour chaque créateur, artiste ou scientifique une question de vie ou de mort.  Notre analyse démontre également que le rébus  de la relation entre la compensation, la surcompensation ou la plus haute sublimation artistique reste une question fondamentale pour aborder le fond du secret de toute création humaine.

Les mots clés:  mécanismes de défense psychologique, compensation, sublimation, la créativité, structure mélancolique.

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Prof.Dr Mila Aleckovic (Bataille)

After graduating from high school M.A.B. studied clinical psychology (Belgrade) with medicine and philosophy (Paris). Even a student, she translate and organize cognitive and mathematical unpublished essays by Jean Piaget (which prints Nolit: “The origin of knowledge”).

She was admitted in High School  ( Ecole des Hautes Etudes in Social Sciences, EHESS) in the class of Pierre Greko (Pierre Greco), the successor to Jean Piaget, the Faculty of Psychology of intelligence.

Thereafter M.A.B. goes to the University of Pennsylvania in Philadelphia. On the way back to France, she received a master’s degree, and then the doctor degree at the University of the Sorbonne in 1994 with the work: The concept of the unconscious in modern psychological theories, defended before the Commission of the Sorbonne, Heidelberg and Oxford, as well as the Parisian public (PhD defended in front of a full auditorium ). Her work is estimated as: Très honorable.

Then M.A.B specializes in France anthropological Psychology andcompleted a course of neurological psychology.

M.A.B. a visiting professor and guest at the universities and institutes around the world

-Participated in the Psychiatric Congress Biaritz (Biarritz) in 1998, the Congress of Prague, Liege, Rome, the Sorbonne and the University of “Da Vinci” in Paris, the University of Perpignan, Nice, McGill University Montréal, the University of Lausanne, Benghazi, Vygotsky Institute in Moscow, the Catholic University of Nijmegen, the Yerevan University, the National Institute of social Sciences in Beijing.

-She defended the work: The concept of the unconscious in modern psychological theories before the Commission of the Sorbonne, Heidelberg and Oxford as a doctoral dissertation at the Sorbonne (1994)

-M.A.B.  is the author of over 100 scientific papers in several languages and several books.

-She is a member of the World Society of Psychopathology of expression and art therapy, and the Serb representative in it (Société Internationale de Psychopathologie de l’Expression et de l’Art Thérapie) with the center in Paris (Saint -Anne Hôpital).

-M.A.B. is a member of “Mileva Maric Einstein” Science Association